Alexey Titarenko
Livres

Alexey Titarenko

The city is a novel” / incluant la série “la cite des ombres”…
J’ai eu la chance de me procurer ce livre, d’Alexey Titarenko, lors du dernier salon “Paris photo” et d’en avoir un exemplaire signé par l’auteur qui était présent. Un grand moment, d’autant plus exceptionnel que ce livre est aujourd’hui épuisé et qu’aucune ré-édition n’est prévue… d’où son prix qui ne fait qu’augmenter !

Voici la traduction de la page de garde qui évoque la vie et la démarche de ce photographe hors du commun.

ALEXEY TITARENKO a grandi à Leningrad (Saint-Pétersbourg) à l’époque de la guerre froide, dans un très petit appartement. Pour le tenir tranquille, ses parents lui donnaient des livres à lire et à huit ans il était déjà très instruit. Comme tout enfant qui lit énormément, son imagination s’est nourrie de connaissances sur le monde qu’elles soient réelles ou non. «Lorsque je marchais dans la ville, ces histoires me racontaient tellement de choses sur ce que je voyais que je ressentais parfois de l’euphorie dans des endroits particuliers.»

Des auteurs particuliers – tels que Dostoïevski et Proust – ont enrichis l’univers de Titarenko en tant que photographe, et lui ont fourni des clés métaphoriques pour traduire l’ineffable en image. Une grande partie de l’œuvre de Titarenko est plongée dans un récit récurrent, bien qu’opaque et stratifié, de sa vie pendant la période du déclin de l’Union soviétique. Répondant à deux de ses préoccupations personnelles – la métropole apparemment lugubre et à la propagande qu’il a regardée à la télévision soviétique –, il a réalisé diverses séries de photographies pour tenter de traduire en images cette analogie entre la ville et sa vie affective.

Les titres de la série TitarenkoNomenclature des signes, magie noire et blanche de Saint-Pétersbourg et Cité des ombres – relatent, via la lumière et les formes si particulières de son travail d’artiste, son parcours dans le labyrinthe qui l’a conduit de son lieu de naissance à la ville où il vit actuellement, à New York. Son point d’ancrage spirituel. 

Son dernier volume, ”The City Is A Novel”, célèbre outre Saint-Pétersbourg, trois autres villes que sont La Havane, Venise et New York

Quoi qu’il en soit la connexion à la fiction reste pertinente ; comme précédemment, la subjectivité du photographe a une valeur bien supérieure à l’objectivité de son appareil.

Titarenko s’est également inspiré de la musique qu’il a étudié très tôt. Particulièrement touché par les compositions de Dmitri Chostakovitch (un autre fils de Saint-Pétersbourg), il dit souvent : ”Mes parents vivaient dans la ville pendant le blocus, mais je n’avais jamais vraiment pris la mesure de ce qu’ils avaient pu ressentir jusqu’à ce que j’écoute la Septième Symphonie de Chostakovitch. Cette musique était si puissante que je l’ai vécu de l’intérieur jusqu’à en pleurer tout en comprenant alors ce qu’ils avaient vécu. C’était tellement fort que je me suis dit que je devais faire quelque chose comme ça en photographie.

La série, ”City of Shadows”, a été installée de telle sorte que les spectateurs soient guidés dans un dédale de photographies montées sous forme de partitions, qui prennent place dans un continuum spatial. Goethe a déclaré que l’architecture était de la musique figée. Ainsi, ceux qui déambulent en ville peuvent considérer leur activité comme une poursuite musicale, ou du moins ordonnée par des puissances supérieures rythmiques.

Au-delà de l’esthétisation voulue par Titarenko il y a une triste réalité sociale (pénurie alimentaire, surveillance étroite et conséquente, culture maintenue) qu’il a évoqué via un sens du temps particulièrement dynamique. Deux réalités temporelles coexistent dans son travail : une fluide l’autre statique.

L’architecture et l’infrastructure fournissent le cadre de composition, tandis que les personnes, dans un flou de mouvement, donnent leur énergie aux images (via sa méthode d’exposition longue). Il y a aussi, dans ses travaux ultérieurs, une sorte de hiérarchie de la lumière.

Titarenko est désormais habitué à diriger le regard du spectateur en utilisant des tonalités photographiques pour amplifier la lumière de chaque ponctuation qu’il sélectionne : une pancarte en papier du mendiant demandant de l’aide, par exemple. La lueur accrue de ce bout de papier indique les crises que la ville a subies. Mais dans sa dernière série, il a ajouté les plus légères nuances de teinte : une teinte de jaune pour un taxi new-yorkais, le rouge d’un feu de signalisation, la lampe d’un clocher vénitien. Étonnamment, ces taches de couleur ont plus de poids psychologique qu’une galerie pleine de polaroïdes criardes.

Si, comme il le dit si bien, l’art de Titarenko est né de «moments d’euphorie morale et physique», tout en reflétant l’arc d’oppression en Russie, ses images dépeignent un monde fantomatique habité par des esprits plutôt que par des êtres corporels. Il utilise une sorte de distorsion flou qui fait penser à Francis Bacon dans son état le plus hallucinant – un paysage psychologique plus que concret. 

À Saint-Pétersbourg, la vie est perçue comme une énergie, un flux, bien qu’incarnée par des hommes et des femmes plongés dans la fatigue et parfois dans le désespoir. Titarenko parle en termes d’endroits heureux et d’endroits tristes – ils présentent les pôles qui définissent le genius loci (« esprit du lieu »), mais en rendant ces lieux si hypnagogiques (état de conscience particulier intermédiaire entre celui de la veille et celui du sommeil) qu’ils assument une universalité urbaine. Ces ambiances apparaissent dans le subterfuge de lumières et d’ombres à partir desquelles il les reconfigure, chaque impression étant réalisée à la main dans la chambre noire, chaque image ne se reproduisant jamais avec précision. Ce n’est jamais rien de moins qu’une visite profondément personnelle dans des mondes remplis d’énigmes d’enfance et de rédemptions d’adultes.

L’élément mystère joue un rôle important dans l’œuvre de Titarenko, qui détruit tout sens de l’évidence

Dans un régime oppressif tel que celui dans lequel il a grandi, pour un artiste, c’était également une question de survie.

Le dernier livre d’Alexey Titarenko est The City Is A Novel (Damiani).

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